L’état et les perspectives de l'évolution du dialogue Russie-UE: vue des milieux des affaires étrangers. Schauff Frank (EU)


Le dialogue entre la Russie et l’Union Européenne est un processus fondamental ayant de multiples facettes. Dans cet article je voudrais me concentrer sur des aspects économiques de la coopération entre la Fédération de Russie et l’Union Européenne.
La Russie et l’Union Européenne sont des partenaires stratégiques, ce qui est facile à prouver par un seul chiffre – le chiffre d’échanges de marchandises. Le chiffre d’affaires de la Fédération de Russie avec l’Union Européenne dans la période du janvier à mai 2009 est le plus important de tous ses partenaires, il fait 50,6%[1].  En 2008 les partenaires traditionnellement les plus importants de la Russie étaient les Pays-Bas (57 007 millions de dollars USA), l’Italie (41 919 millions de dollars USA), l’Allemagne (33 180 millions de dollars USA) et la Pologne (20 193 millions de dollars USA)[2]. En 2008 la part des Pays-Bas dans le volume total des exportations russes a fait 12,2%, celle de l’Italie - 9%, de l'Allemagne - 7,1%, de la Pologne - 4,3%. La part d’un partenaire le plus important au-delà de l’Europe, la Chine, n’a fait que 4,5%, et celle des Etats-Unis 2,9 % seulement [3].
Les pays européens occupent par ailleurs les positions leader par le chiffre de leurs investissements dans l’économie russe. Les Pays-Bas, le Luxembourg, L’Allemagne, la Chypre, le Royaume-Uni (la Grande-Bretagne), les Etats-Unis, la France ont été les principaux pays investisseurs dans le Ier trimestre 2009. Je voudrais attirer l’attention des lecteurs au fait que les Etats-Unis ne sont qu’à la 6ème place par le volume de leurs investissements dans l’économie de la Russie. La part cumulée de tous ces pays a fait 76,2% du volume total des investissements étrangers accumulés, 76,3% du volume total des investissemnts étrangers directs[4]. Par types d'activité économique, il existe la prépondérance des investissements dans l’extraction des ressources minières et des industries de traitement, le commerce de gros et de détail, des opérations immobilières etc.
A mon avis, il est actuellement important pour la partie russe de sortir d’une situation où l’on mise exclusivement sur le gaz, le pétrole et d'autres ressources naturelles. Il est indispensable de mettre en valeur des secteurs économiques plus porteurs, visant à l’avenir. Il s’agit évidemment d’une tâche difficile. Il est de toutes parts profitable d’exporter du pétrole et du gaz, tandis que des nouvelles technologies nécessitent des investissements. L’économie est à restructurer tenant compte des perspectives à plus longue échéance. A mon sens c’est aussi très important pour l’auto-éstimation de la Russie qui se voit non pas comme ayant un statut exclusif de fournisseur du pétrole et du gaz au monde entier, mais comme un partenaire important dans d’autres domaines économiques.
Un marché intégré de la Russie – l’UE et le rôle de la crise financière mondiale
Il est important de ne pas oubler quel l’impact la coopération entre la Russie et l'UE a-t-elle sur la situation dans la région, ainsi que sur la situation globale géopolitique. La coopération entre la Russie et l’UE joue un rôle particulier dans la minimisation des conséquences d’une crise économique globale. Des processus d’intégration favorisent le développement aussi bien des grandes, que des moyennes et petites entreprises en Russie et dans l’Union Européenne. On peut citer un bon nombre de cas d’une coopération réussie, par exemple, entre le Nord-Ouest de la Russie et les Etats Scandinaves. Là une activité des affaires est grande de part et d’autre. Il est évident que la coopération intégrationniste des grandes entreprises dépend dans une large mesure de l’interaction entre les structures politiques, mais elle peut s’avérer bien fructueuse, par exemple, le projet du gazoduc nord-européen a été soutenu à un niveau politique le plus élevé, mais aussi par les milieux des affaires.
Les évenements de ces derniers mois, notamment la crise financière mondiale, nous incitent à analyser de façon plus approfondie la situation économique actuelle et à formuler des prévisions et des conjectures pour l’avenir plus prudentes. Il y avait eu des époques plus favorables à des rapports économiques entre la Russie et l’UE et il serait souhaitable que la situation actuelle s’améliore. Il faut évidemment du temps pour que les entrepreneurs puissent estimer des risques éventuels et programmer leurs futurs investissements, mais à ce que je sache de gros investisseurs européens ne quittent pas la Russie et certains d’entre eux envisagent même une extension de leur activité investitionnelle ici, bénéficiant de certaines côtés positives des conséquences de la crise économique. Ainsi, selon le sondage annuel réalisé par une société membre de l’Association des entrepréneurs européens (Association of European Businesses, AEB) (Droege & Comp), dont les résultats ont été présentés en mai 2009 à l’occasion du Forum anticrise de l'AEB, 80% des managers des sociétés européennes avaient une vision positive de l’évolution de leurs sociétés en Russie dans le courant des trois prochaines années. Contrairement à la crise de 1998, quand plusieurs sociétés étrangèrent avaient quitté le marché russe, aujourd’hui la grande majorité d’entre elles ont une intention d’y rester. La situation actuelle en Russie tranche avec celle d’il y a 10 ans. La qualité et la quantité des investissements, ainsi que le niveau d’influence des sociétés européennes sont totalement différents. La Russie est un marché stratégique pour les investisseurs européens. Ces derniers temps j’ai eu la possibilité de discuter sur des problèmes de la crise financière avec plusieurs représentants des sociétés européennes qui avaient déclaré leur intention de continuer à investir dans la Russie. Il s’agit des sociétés de commerce de détail, des fabricants des pièces d’automobiles, des sociétés d’énergie ainsi que beaucoup d’autres. Même aux temps de crise il est possible de non seulement attendre et observer, mais aussi d’agir activement pour se préparer à une nouvelle relance économique.

 

La Russie et l’Union Européenne sont condamnées à coopérer, compte tenu de leurs liens économiques étroits. Le sentiment général des entrepreneurs est que l’intérêt au développement des rapports économiques est énorme de la part des deux communautés des affaires, et il est étayé par un important potentiel économique. Aucun homme d’affaires européen ne met en doute le fait que la Russie et l’UE vont faire route ensemble. La coopération entre les parties est un gage du développement durable et réussi de notre continent. La construction entre la Russie et l’Union Européenne des relations positives, tournées vers l’avenir n’est possible qu’à condition d’une politique cohérente, transparente et pleine d’initiative dans le domaine de création d’un marché intégré de la Russie et l'UE.
Les milieux des affaires européens voient dans la coopération avec la Russie plusieurs possibilités de travail. Cependant les entrepreneurs se heurtent fréquemment contre des barrières bureaucratiques et administratives érigées sur la voie du commerce et des investissements. Des rapports entre les deux parties sont caractérisées par des difficultés qu’il est indispensable de prendre en considération dans la perspective prévisible. La Russie et l’Union Européenne doivent résoudre ces problèmes pour améliorer les conditions de leur coopération. Les hommes d’affaires européens voit une série de problèmes qui entravent la conduite des affaires en Russie de façon la plus efficiente et réussie. La plupart d’entrepreneurs européens se plaignent de la bureaucratie et la corruption. La manque de réglementation de certaines sphères de la loi russe, par exemple, visant aux importations parallèles, présentent elles aussi de grosses difficultés pour les entreprises européens. Des importations parallèles mettent les titulaires des droits, les importateurs officiels et les distributeurs dans des conditions de compétitives inégales avec des personnes important des marchandises sans autorisation des titulaires des droits. Les premiers appliquent tous les soins et investissent des fonds importants dans la promotion des marchandises sur le marché russe, y compris l’emplacement en Russie de leurs unités de production, la construction des centres de service des clients, la certification et l’adaptation des marchandises, la logistique, la publicité, les actions de promotion, le service de garantie et celui courant, la création de nouveaux emplois et dans beaucoup d’autres domaines, tandis que les derniers ne font que du parasytisme économique sur une infrastructure déjà existante, souvent au moyen des « schémas gris ». Cela nuit inévitablement à l’attrait du marché russe et va influencer ultérieurement les investissements dans l’économie et, naturellement, des volumes totaux de production et de livraison légales des marchandises, avec toutes les conséquences négatives qui en découlent.
Par ailleurs, le gouvernement russe a pris ces derniers mois un nombre de mesures anticrise visant à réduire l’impact de la crise sur un secteur économique réel. Cependant, quoique un bon nombre de ces mesures ont contribué à atténuer des conséquences économiques négatives de la crise, certaines d'entre elles ont produit un effet négatif sur les entreprises étrangères en Russie. En particulier cela concerne l'imposition des taxes douanières élevées aux automobiles et à la technique agricole importées. 
 

 

Aspects politiques
Nous avons assisté ces derniers temps à la détérioration des relations entre le gouvernement de la Russie et l’Union Européenne, au moins en ce qui concerne la rhétorique. Heureusement pour le moment cela n'entrave pas des rapports économiques entre l'UE et la Russie, mais nous envisageons avec appréhension la dégradation éventuelle du dialogue dans le domaine économique. Aujourd’hui ni l’Europe, ni la Russie n’y sont pas intéressées. Les milieux des affaires sont intéressés que tout soit calme sur le plan politique, et nous attendons avec espoir des avancées positives dans l’évolution du dialogue UE-Russie. Les « feuilles de route » communes vont apporter une contribution complémentaire dont l’objectif consiste en construction d’un marché ouvert et intégré dans le cadre d’un Espace économique commun eurorusse. Les milieux des affaires croient que la Russie et l’UE doivent faire des démarches les plus décisives, visant à créer des mécanismes d’intégration économique plus efficaces. Nous sommes persuadés que sur cette voie l’adhésion de la Russie à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) va contribuer à la consitution d’un Espace économique commun. L’avenir de la coopération dans le domaine des investissements nécessite l’adhésion de la Russie à l’OMC. Cependant ce processus traîne déjà depuis 1993 et n’est toujours pas couronné de succès. L’appartenance à l’OMC favorisera la diversification de l’économie russe grâce à la réduction des tarifs des importations, y compris des matériaux entrant en Russie pour leur transformation ultérieure, l’ouverture du marché russe aux prestations des sociétés étrangères et l’inadmission de la discrimination des exportations depuis de Russie vers d’autres pays.
Il existe une autre tendence réciproque, celle d’un protectionnisme investitionnel. Il est évident pour les milieux des affaires des deux pays qu’il serait plus efficace de créer des conditions pour harmoniser des règles des investissements étrangers. Cela aiderait à stimuler des flux d’investissements et en même temps de protéger des intérêts vitaux des pays d’accueil - aussi bien de la Fédération de Russie que des pays membres de l’UE. C’est là que nous voyons et un rôle particulier, et l’importance des organisations comme l’Association des entrepréneurs européens.
Dans l’UE il existe aussi une inquiétude liée à l’augmentation par la Russie des tarifs d’importations de certaines catégories des marchandises. A l’avis de l’Union Européenne, des mesures protectionnistes pareilles sont contraires à des promesses que s’étaient donnés des participants du Sommet de G20 en avril. A son tour, la Russie ne peut pas être contente des tentatives insistantes que ses partenaires européens font pour diversifier des sources d’approvisionnement en gaz. Elles aussi entraînent une baisse de confiance mutuelle des partenaires, notamment après une récente crise politique liée aux évenements entre la Géorgie et l'Ossétie du Nord, ce qui a forcé aussi bien l'Union Européenne que la Russie de faire une pause.

 

Conclusion
A l’heure actuelle les milieux des affaires croient toujours que la Russie et l’espace européen sont liés par leur histoire séculaire, leur culture, leurs traditions et leur interdépendance économique, ainsi nous n’avons pas d’autre moyen d’avancer que de le faire ensemble. Je suis persuadé que l’approfondissement de l’intégration économique doit devenir un gage des relations plus dynamiques et mutuellement avantageuses entre l’UE et la Russie. Les investisseurs européens dans la Russie l’espèrent, aussi bien que les investisseurs russes dans l’Europe, je le crois. Ainsi nous, l’Association des entrepréneurs européens, chercherons à apporter notre contribution à la coopération efficace dans le cadre du dialogue UE-Russie.
 
 

[1] Données du janvier à mai 2009. Service fédéral de statistique publique, www.gks.ru
[2] Commerce extérieure de la FR avec l’étranger lointain (aux prix réels en vigueur). La Russie en chiffres, 2009, Service fédéral de statistique publique, Rosstat-M.
[3] La Russie en chiffres, 2009, Service fédéral de statistique publique, Rosstat-M, p. 495.
[4] Rapport courant « Des investissements étrangers dans le 1er trimestre 2009 », www.gks.ru

 

 

SCHAUFF Frank

Directeur Général de l’Association des entrepréneurs européens en Russie (AEB) depuis juin 2007.


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