Développement spatial de la Russie. Par Alexandre CHVETSOV (Ru)


ou Comment un nouveau grand projet des savants russes peut devenir non seulement interdisciplinaire mais international.
Cet article m’a été inspiré par deux événements de l’an 2009 qui touche à sa fin, dont j’ai eu l’occasion d’être participant immédiat, l’un étant d’ordre scientifique et foncièrement intra-national, l’autre portant le caractère politique et étant d’une envergure européenne.
Je vais commencer par le second, plus considérable et plus récent. Fin octobre dernier, à Perm, le centre administratif du kraï de Perm, une des régions russes situées aux extrémités orientales du continent européen, s’est tenu avec succès, au cours de deux journées, le Forum international des régions. Un ample ordre du jour de cet événement russo-européen représentatif se composait de diverses questions d’intérêt réciproque, dans le contexte d’une conviction raffermie de l’opportunité de la construction d’une Europe unie sur tout l’espace géographique du continent, de l’Atlantique jusqu’à l’Oural. Ce n’est pas par hasard que le Forum s’est déroulé sous le slogan « Régions de l’Europe – développement sans frontières ».
L’importance de l’intensification des recherches de directions et de mécanismes concrets de l’intégration européenne qui puissent être objet d’une coopération mutuellement avantageuse à long terme des pays de l’Union européenne et de la Russie est devenue un leitmotiv de tous les discours des principaux intervenants des deux parties du Forum. Les efforts conjoints pourraient s’appliquer à différents projets en matière de transport et d’énergétique, de télécommunications et de technologies d’information, d’environnement et de sécurité publique, et beaucoup d’autres.
Des projets lancés par des pays du continent européen seraient probablement capables d’exercer une influence positive sur le développement. Cependant pour révéler la pleine mesure de leur potentiel et le réaliser avec le maximum d’efficacité, il serait raisonnable que ces projets s’élaborent et se réalisent en intégration et en corrélation réciproque, sur l’espace socio-économique uni. Bref, des projets innovateurs de la construction de la maison européenne commune nécessitent une approche internationale et interdisciplinaire.
Et là, c’est le moment de se rappeler l’autre événement que j’ai mentionné ci-dessus. Il s’agit du grand programme de recherches « Problèmes fondamentaux du développement de l’espace socio-économique de la Fédération de Russie : synthèse interdisciplinaire », lancé cette année par l’Académie des sciences de la Russie (ASR). Le Programme a été inspiré par l’ordonnance du Président de la Fédération de Russie, datée du 24 janvier 2008, et celle du premier ministre russe, datée du 7 février 2008, qui recommandaient à l’Académie des sciences d’accorder une attention particulière à l’étude des problèmes fondamentaux de la planification territoriale de la Russie et à l’élaboration de la base théorique des frontières de macro-régions tenant compte des particularités et des perspectives du développement de certaines régions du pays.
Ces ordonnances des leaders du pays prises en exécution, l’Académie des sciences russe a jugé possible, en principe, et même nécessaire de formuler un objectif de recherches plus large et plus profond, y conférant un caractère d’une étude fondamentale pluridisciplinaire, capable de consolider le potentiel scientifique de plusieurs instituts de l’ASR formant ses unités de recherches, afin d’obtenir un résultat plus considérable et plus précieux pour les sciences et la pratique. Grâce aux efforts du groupe des savants, est apparu un programme de recherches, sans précédent à l’époque récente, qui ouvre une nouvelle page dans l’histoire de l’organisation des recherches scientifiques et dont, dans le cas de sa réalisation, on peut attendre des résultats de « percée » dans l’étude systémique de l’espace socio-économique de la Russie moderne.
L’objectif principal de ce programme ne consiste pas en une analyse de certaines régions de l’espace, ni en un examen des espaces social, économique, physico-géographique, énergétique, de transport, d’information, scientifique, humanitaire et d’autres, pris isolément. Le programme vise à la création d’une idée systémique intégrale de l’espace, basée sur le système logique de l’intégration de plusieurs éléments de théories et de conceptions spatiales particulières. Cet objectif aux aspects multiples est visé pour la première fois, ce qui exige l’élaboration et l’application d’une nouvelle approche de recherches qui assurerait son étude concerté du point de vue et avec les méthodes des sciences différentes, afin d’obtenir une nouvelle connaissance intégrale de l’espace.
Cette approche et l’envergure du projet n’ont pas d’analogies dans la science mondiale. Le programme prévoit l’exploration d’une douzaine de grands domaines. Notamment, seront à l’étude les facteurs de politique et d’économie extérieures influant sur le développement spatial de la Russie, les transformations spatiales de la société russe, la démographie spatiale et le milieu social, l’évolution, la modernisation et la nouvelle assimilation de l’espace économique, la correlation du milieu naturel et de l’espace socio-économique, le développement spatial de l’énergétique, les problèmes de l’espace de transport uni, le développement de l’espace d’information, les problèmes de l’espace d’innovation scientifique, le développement des macro-régions et de l’intégration interrégionale, les problèmes du perfectionnement de la structure territoriale de l’État et la création d’un système de la planification territoriale.
Dans la réalisation du programme sont engagés plus de vingt instituts de l’ASR de différents profils représentant plusieurs unités de recherches : département des sciences de la Terre, département des sciences sociales, département des nano-technologies et des technologies d’information, département de l’énergétique, de la construction de machines, de la mécanique et des processus de conduite, ainsi que départements d’Extrême-Orient, de Sibérie et d’Oural, et Centre de recherches scientifiques de Saint-Pétersbourg. Le programme est administré par le conseil scientifique et le groupe de coordination.
Le programme prévoit l’établissement de contacts et de coopération avec des centres scientifiques étrangers, surtout de l’Union européenne. Et le Forum de Perm, mentionné ci-dessus, s’est trouvé bien à propos. Il a permis de voir le projet de recherches de l’Académie des sciences « d’un œil nouveau », du point de vue européen, le considérant comme une éventuelle plate-forme de coopération russo-européenne en matière de sciences avec la débouchée sur la solution des tâches pratiques actuelles.
Cela pourrait être un méga-projet, unique dans tous les sens, dont l’objet serait l’espace multiforme de tout le continent européen, qui exigerait pour sa réalisation, durant plusieurs années, des efforts conjoints de plusieurs collectifs de recherches, réunis par l’objectif commun et le plan général d’études.
Une telle intégration donnerait un résultat inestimable, l’enrichissement mutuel des écoles scientifiques nationales, le développement de la méthodologie dans plusieurs domaines de sciences et l’élargissement de notre connaissance des régularités spatiales de la vie de la société et de l’homme.
Le programme pourrait aussi avoir un rendement pratique important permettant aux gouvernements des pays et des régions de résoudre plusieurs problèmes aigus d’actualité et d’élaborer des mesures efficaces pour le bien de la future maison européenne commune.
CHVETSOV Alexandre

Docteur en économie, professeur, vice-directeur de l’Institut d’analyse systémique (IAS) de l’Académie des Sciences de la  Russie


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